• 04.10.2016

    Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je crois que personne ne peut vraiment comprendre, pas même moi.

    La nuit n'était pas encore tombée, mais je n'avais pas très envie de sortir encore de chez moi. Je ne savais même pas si ça allait être bien, je n'avais même pas lu le résumé, à vrai dire. J'avais payé, alors j'ai mangé en vitesse, je suis descendue et j'ai marché, marché, marché pendant vingt bonnes minutes pour rejoindre l'arrêt de tram où Eva et Momo devaient arriver. Ma tête tournait un peu, c'était bizarre, mais rien de bien méchant, et puis la grande rue, d'ordinaire si remplie, était presque vide. Des gens qui allaient par quatre, au restaurant sûrement, les femmes discutant devant, les hommes derrière. Une mère faisant des allers et retours tout doucement pour que son fils continue de dormir. Des jeunes qui trainaient, un peu, et des agents immobiliers rentrant du travail -je le sais, j'ai entendu des bribes de leur conversation. J'ai attendu, dix, quinze minutes comme ça, puis elles sont arrivées et j'avais toujours la tête qui tournait. On a marché encore un peu pour arriver au centre dramatique, on est entrées, on a attendu, on s'est installées. Les comédiens étaient déjà sur scène et c'était un peu -assez- effrayant à cause de la lumière blafarde qui les éclairait légèrement. Les gens ont dit "chut ! chut !" et les lumières se sont éteintes. En voyant le seul et unique personnage féminin, je me suis dit qu'est-ce que j'aimerai être à sa place (je m'identifie toujours plus facilement aux femmes, je pense que c'est normal) et puis l'heure et demie a défilé comme vingt minutes. Quand le dernier comédien a disparu de la scène, je me suis surprise à penser non, ne pars pas, reste encore un peu.
    On a applaudi, trois rappels, et les lumières se sont rallumées et j'aurais pu rester dans mon fauteuil rouge une heure de plus, à regarder fixement la scène, à essayer vainement de sortir de ma bulle. Était-ce la pièce ? Était-ce la mise en scène, le jeu, le texte ? Était-ce parce que c'était la première fois que j'allais voir une pièce seule, sans classe et professeurs ? Était-ce parce que j'étais au deuxième rang, très, très proche de la scène ?
    Peut-être un mélange de tout, peut-être autre chose encore. J'aurais pu rester là toute ma vie parce que je ne m'étais pas sentie aussi heureuse depuis longtemps. Mais les filles se sont levées trop vite, parce qu'elles voulaient rentrer vite, alors j'ai dû m'arracher au fauteuil. La bulle m'a suivie dans la rue. Mais sérieusement, qu'est-ce que tu en as pensé ? m'a demandé Eva. Les gens veulent toujours parler après avoir vu quelque chose, un discours, une pièce, un film. Parler brise toute la magie.
    Rien, j'ai répondu, rien, je ne sais pas, c'était trop bien, et je n'arrivais pas à arrêter de sourire en parlant. Quand elles sont parties, j'ai recommencé à marcher, lentement. Je marche toujours vite parce que je n'ai pas que ça à faire, mais là je n'avais que ça à faire. Marcher doucement, laisser les mots et les images résonner dans ma tête, encore et encore, profiter du silence de la ville endormie, marcher doucement.

    Je n'ai pas parlé depuis hier soir, et les mots et les images résonnent toujours.

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  • Commentaires

    1
    Samedi 5 Novembre 2016 à 22:52

    Eh ben en voilà de l'émotion !

    Ca devait être magique ! ^^

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